Sur l’inattendu

C’est quelqu’un qui vit dans l’attente. L’attente des moments absolus. Absolus dans le sens de sacré et parfait. Ou parfaitement sacré. Joli mariage de mots.

Rien ne peut être si c’est ordinaire, si c’est commun. Tout est dans l’exception. Pour elle, le seul plaisir se situe dans cette exception. Du coup, Madame déprime. Elle déprime parce que l’exception est justement une exception. L’exception n’est pas en permanence. Elle est temporaire et tellement exceptionnelle qu’elle ne peut être vécue que dans le non-être. L’exception arrive et nos sens et notre vie sont impuissants face à ce différent. Nos sens demeurent incapables de la vivre sachant qu’elle est ce qu’elle est. Exception de passage. Si elle était permanente, on lui aurait accordé une autre nomination. L’exception est mais elle l’est quand on est incapable de la vivre. On la reconnait mais on reste foncièrement incroyant, ou alors croyant et récepteur passif. Ce qui d’ailleurs tue le potentiel et l’être de l’exception. Le récepteur actif lui aussi massacre l’exception en la réduisant au commun, à l’ordinaire.

Madame a mal dormi. Elle a vécu un moment exceptionnel mais la nuit, elle a réalisé qu’elle ne l’a pas vécu comme elle aurait voulu le faire si elle en était prévenue. Prévenir quelqu’un que la magie est là? Impossible. Mais l’attente était là. L’événement arrivé, l’attente tomba et Madame resta confuse. Le sol trembla. Son Coeur chercha à comprendre l’exception. Son Coeur se perdit dans cette recherche qui le brisa. Un Coeur qui cherche à raisonner, c’est un blasphème, et pour le Coeur et pour la raison.

Madame se détruit. Le va-et-vient Coeur-raison n’était pas simple. L’exception ne se vouait pas au comprendre. Mais au vivre seul. Ou au seul vivre.

Mais qu’est-ce que vivre pour un être qui ne réfléchit pas? Et si réfléchir arrêtait le vivre, le ralentissait, le détruisait en lui imposant une identité autre?

Madame viva l’exception et mourut le lendemain.

Mourir de l’indécision, mourir de l’incapacité de gérer l’imprévu suivant les critères tracés à l’avance. Mourir du nouveau qui refuse d’être renversé par le déjà-là. Mourir parce que Madame ne savait vivre que dans l’attente. L’attente des moments absolus.

Qu’est-ce qu’un moment absolu?

Ca, elle ne voulait pas le savoir. Elle ne pouvait pas le savoir. Quand c’est arrivé, Madame se retira avec grâce. Tête baissée, agonisante et en douleur.

L’attente est de loin mieux que le moment attendu.

About calinegeorgessaad

Philosophy Student. Enjoying constant change, respecting dreams and living what is worth living...
This entry was posted in Uncategorized and tagged , , , , , . Bookmark the permalink.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s