L’enfance pour toujours

Les enfants naissent philosophes. Ils voient tout et s’émerveillent, se demandant pourquoi. Tout est objet de questionnement. Et toute question est légitime, profonde et significative.

Puis le moment décisif débarque à l’âge adulte. En grandissant, l’enfant commence à censurer son émerveillement, il se dit à quoi bon? Si c’est comme ça, c’est comme ça. Pourquoi faire le pourquoi des choses?

On grandit, et au lieu de s’émerveiller à la vision des choses, au sentir des vécus, à l’exception de l’être, l’adulte cesse de s’étonner. Non pas par désintérêt, mais parce qu’il arrête de croire en son émerveillement. Ce n’est plus pourquoi faire, mais c’est le “peu importe le pourquoi”. Je subis le monde, j’y habite, je n’y peux rien. Je suis soumis et l’être soumis ne se révolte pas.

L’émerveillement est une révolte. J’ai toujours demandé pourquoi. Je fais la philosophie, littéralement. Je la fais, tous les jours. Tous les jours, je m’arrête au pourquoi. Quand mes questions ont dérangé l’être des choses, quand mon être a gêné et quand les réactions se sont multipliées, j’ai censuré mes questions. J’ai choisi d’enregistrer l’émerveillement, de le suspendre et de le vivre seule à un moment intime dans ma journée. Suspendre une émotion quand elle est inacceptable dans un milieu donné, n’est-ce pas l’acte social par excellence? Calmer sa colère, prostituer une grimace et froncer les sourcils pour ne pas tout dire… Qu’est-ce qu’on apprend des choses en devenant adulte…

J’ai appris à prendre des photos, de très jolies photos par lesquelles je sélectionne un moment, je le mémorise, je le rumine, je le revis à ma guise sans le regard de l’autre.

Je prends des photos comme je pose des questions. Plein de photos, ça peut gêner, ça peut déstabiliser, mais on me les réclame plus tard parce qu’on n’y avait pas pensé mais après coup, ça remet les points sur les i.

En grandissant, l’enfant en moi a continué à prendre des photos, à sélectionner des moments et à les revivre. Mais l’adulte en moi se suicide tous les jours. Je prends des photos car tout est beau. Tout est bon, tout m’appelle à poser le pourquoi des choses. C’est quoi? De ce côté, de l’autre,… Tout est là, et j’adore tout, tout simplement. Je prends tout en photo, ça appartient à mon être, ça me pousse à interroger le réel. Car ce n’est pas le réel tant que je ne l’ai pas remis en question.

J’ai grandi, j’ai commencé à prendre moins de photos. J’ai commencé à subir les choses, à vivre passivement, à mourir peu à peu. Je fais le choix parfois de ne pas prendre ma caméra. Je décide a priori qu’aujourd’hui, rien ne mérite d’être questionné. Je ne digère plus la réalité. Je sors parfois sans vouloir rien m’approprier.

C’est quand on grandit qu’on ne cherche plus le pourquoi. Je ne prends que peu de photos. Si je les prends, je n’y retourne souvent pas. Je ne pose plus de questions. C’est comme ça, j’ai grandi.

Tout n’est pas beau… Ma caméra est cassée… Ni couleur, ni noir et blanc… Le monde tout simplement. J’y suis là momentanément après tout… A quoi bon? Souvent, je marche et je ne regarde rien… rien ne mérite d’être regardé, écouté, touché, goûté ou vécu… Je marche, je ne m’arrête plus. Je suis une adulte.

Quand le bébé en moi se réveille, je veille à le faire taire en fermant les yeux et en accélérant mes pas… Pas de photos aujourd’hui, Caline.

About calinegeorgessaad

Philosophy Student. Enjoying constant change, respecting dreams and living what is worth living...
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